vendredi 11 mars 2016

Notre vieux pote le IV-III-II-I

Hello ! Le IV-III-II-I, ça vous dis peut-être rien... Mais c'est un vieux copain, qui nous accompagne depuis très longtemps !

La descente IV III II I est une figure de fermeture toute modeste, toute simple, qu'on rencontre énormément dans le style guitare-harmo-chant, mais aussi partout ailleurs : dans le classique, le jazz, la pop, le rock, le reggae, et même certains chants populaires.

Par exemple, dans Geave Peace A Chance, John Lennon chante son refrain sur 4 accords dont les degrés mis en valeur forment la même descente : IV, III, II, I (qui correspondent exactement aux paroles "give peace a chance")



Dans Surfin USA des Beach Boys, les 4 dernières syllabes du refrain "sur-fin-U-S-A" descendent sur la même figure IV, III, II, I, qui vient clôturer le refrain, puis finalement la chanson.



Idem dans Woman No Cry de l'ami Marley : "wo-man-no-cry" forme un IV, III, II, I. Sur la partie instrumentale c'est criant, moins sur le chant car le petit malin à tendance à laisser partir sa voix un peu hors-piste et il déborde un peu vers le haut lors du II, mais sans ce côté "lâcher prise" ça ne serait plus du Bob !



Et last but not least, Can You Feel The Love Tonight d'Elton John, le refrain finit sur "believe the very best", encore un IV III II I.



Edit : Merci Thomas, j'avais oublié de mettre ta vidéo ! Voici Hugues Aufray s'accompagnant à l'harmonica, qui illustre encore mieux que les autres ce mouvement d'accords.



Bref, incontournable ce IV-III-II-I !

Ellie Goulding, "Army" : la sensible sous les feux de la rampe

Salut ! Ellie Goulding a sortit tellement de tubes que je ne les compte plus. "Lights", "Burn", "Love Me Like You Do" (bande originale du torride Cinquantes nuances de Grey), le tout récent "Something In The Way You Move" qui donne envie de sauter partout... Aujourd'hui je vous propose d'écouter et d'analyser très brièvement "Army", une chanson où elle rend hommage à une amie chère, avec laquelle elle se sent invincible ("when I'm with you / I'm standing with an army").

Voici le clip officiel :




Que ressentez-vous en écoutant ces paroles, cette mélodie, ce refrain ? Pas grand-chose, peut-être, ou au contraire beaucoup d'émotions ; si tel est le cas, sauriez-vous les décrire ? Plutôt de la tristesse, de la mélancolie, ou de la joie, de la gaieté... Me concernant, c'est un peu entre les deux. Cette chanson-hommage est comme une déclaration d'amour, chargée d'affection et de tendresse, peut-être d'un brin de mélancolie qui rappelle les épreuves traversées par les deux amies, en même temps qu'une puissante joie de vivre, presque inébranlable. Quand on a la chance d'avoir près de soi une personne aussi proche, comment résister à l'envie de lui dire, de lui chanter combien on l'aime ?

De mots c'est bien gentil, mais voyons ce que donne la mélodie.

Prêtons un instant l'oreille à ce si joli refrain. Si on en extrait la structure mélodique, on obtient les degrés suivants :

When (V) I'm (V) with (V) You (VII), When (V) I'm (V) with (V) You (VII), 
I'm (V) stan (I) ding (VII) with (V) an (IV) a (V) a (IV) a (III) a (II) rmy (I) (bis)

Certains degrés s'imposent, tandis que d'autres sont plus discrets, presque comme des notes de passage. On retient surtout le V et le VII dans la première partie ("when I'm with you" répété deux fois), tandis que la seconde partie fait une descente de tonique à tonique basse (I) en passant par la septième (VII), la quinte encore une fois (V), et rapidement la quarte, la tierce, et la seconde.

Voilà qui est tout bonnement fascinant, comme à chaque fois qu'on dissèque une mélodie pour comprendre comment elle est faite, comment elle vit.

Le degré V est aussi appelé "dominante", en raison de sa propension à créer un effet d'attente, une tension qui appelle la résolution par le degré I. Un des plus célèbre exemples se trouve dans notre hymne national : "Allons (V) en (V) fants (I) de (I) la (II) pa (II) tri (V) i (III) ie (I)". La Marseillaise commence sur une dominante basse, qu'elle résous immédiatement sur la tonique au-dessus, avant de monter sur la seconde, puis de nouveau la quinte (le "i" de "patrie), sur laquelle elle s'attarde un moment, avant de redescendre sur la tierce puis finalement la tonique. 

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Exemple de dominante basse et de tonique : sol et do.

De son côté, Ellie commence pareil : le degré cinq marque les premières paroles de son refrain ("when I'm with"), et l'on s'attends presque à entendre la tonique supérieure venir célébrer glorieusement le "you", comme l'apogée de l'hommage qu'elle rend à son amie. Sauf que ce "you" se positionne sur la septième, la fameuse "sensible".

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Exemple de sensible sur la gamme de ré : do#, située juste un demi-ton en dessous de ré (le degré VIII et équivalent au I, c'est la tonique)

La sensible... Proche, si proche de sa sœur aînée la tonique, la grande patronne qui détermine le rôle de toutes les autres notes. Et qui pourtant ne serait rien sans ses consœurs, et surtout sa fausse jumelle la sensible, qui la mets si bien en valeur, qui donne tellement envie de l'entendre à nouveau. Est-ce une manière de décrire la relation entre les deux femmes, la dynamique de leur amitié quasi fusionnelle ?

La mélodie semble s'arrêter dans le temps sur cette note qui prends une place immense dans le refrain, et qui souligne combien la chanteuse se sent proche de son amie. Ce "you" renvoie à celle qui l'a accompagnée dans les meilleurs moments et dans les pires épreuves.

Jouez la tonique encore et encore, et cela ne signifie plus rien ; on a besoin des autres notes, de mouvements et d'effets de tensions/apaisements pour apprécier les retours sur la tonique. Cette longue sensible tenue, que l'on entends sur trois pulsations et deux mesures à la suite, créé un magnifique effet de suspension. Quand enfin vient la résolution par la tonique supérieure ("Stan (I) ding"), ce n'est même pas pour mettre en lumière le "je" de la chanteuse, mais pour souligner avec force le "standing", le fait de se tenir debout, droit, puissant, qui décrit l'impression d'invulnérabilité que ressent la chanteuse lorsqu'elle se trouve en compagnie de son amie.

Ellie s'est d'ailleurs placée en-dessous, au niveau de la dominante ("I'm" (V) et "when (V) I'm" ), sur une durée très courte en comparaison. Charmante manière de se mettre en retrait pour laisser toute l'attention sur le "you". Et puis, Ellie jouant le rôle de "dominante", artiste accomplie, femme de scène et de show-business, tandis que sa partenaire est personnifiée sur la sensible, note fragile, féminine, entièrement tendue vers la tonique comme si elle n'avait d'autre but que de la rejoindre enfin... Belle métaphore, vous ne trouvez pas ? D'ailleurs, la musique réalise l'impossible rencontre entre sensible et tonique vers la fin (autour de 3 minutes sur la vidéo) : le "you" est joué à la fois sur septième et tonique, et là miracle, elles se confondent, s'alternent se complètent, sans qu'on entende de fausse note. Chapeau le studio.

Ce n'est qu'un petit exemple d'écoute attentive et d'interprétation personnelle. Exercez-vous aussi à décortiquer et analyser les mélodies qui vous touchent, et à donner le sens qui vous plaît aux notes, et vous trouverez bien vite que la musique est une poésie renversante dont la grammaire obéit elle aussi à des lois, qu'on peut appliquer, transgresser, renverser... Pour une description plus académique des degrés et de leurs relations, je vous conseille l'excellent portail de l'harmonie sur Wikipédia. A vous de jouer.

mercredi 9 mars 2016

La gamme blues et ses copines


Salut ! Voici une petite initiation théorique aux gammes. Au pied levé... Je vous souhaite bonne lecture !

La gamme blues reste toujours identique à elle-même, peu importe la tonalité. Sa structure est la suivante :

Tonique, tierce mineure, quarte, quinte diminuée, quinte, septième mineure.

En do, ça donne do, mi bémol, fa, sol bémol, sol, si bémol. Puis do, et ainsi de suite.

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On remarque qu'elle se compose de 6 notes, comme la gamme pentatonique, alors qu'une gamme basique fait 7 notes, avec 7 degrés.

En notation américaine, on remplace do ré mi fa sol la si par C D E F G A B.

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Pourquoi une gamme comme ça ? Qui en a décidé ainsi ? Je l'ignore, et en vérité cette question revient sans doute à demander pourquoi on appelle un truc plat dans lequel on mange une "assiette". Les descriptions sont historiques et culturelles, la musique étant une expression humaine au moins aussi ancienne et spontanée que le langage ou le culte. C'est un phénomène qu'on peut décrire, avec des dates, des lieux et des analyses. Mais la raison de son existence...

Voilà qui rend la musique bien mystérieuse et au moins aussi fascinante que les lois de la physique. Comme si elle n'avait pas besoin de nous pour exister.


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Revenons donc a cette gamme blues et décrivons-la. Jouer la tonique peut signifier plein de choses ; ce qui compte c'est ce qui est joué avant et après, et surtout, qu'est-ce que cela nous fait ressentir. La mélodie fait-elle une descente ou une montée ? Ça sonne triste ou joyeux ? Les notes se suivent-elles de près les unes des autres (do, mi bémol, fa) où sont-elles très écartées (do, si bémol, mi bemol) ? Est-ce que je ressens un effet d'attente ou de tension, ou plutôt de l'apaisement en écoutant cette partie ? Ou bien me donne-t-elle simplement envie de danser ? En se posant ces questions chaque fois qu'on écoute de la musique, on apprend à la connaître différemment, à la comprendre un peu mieux, et on joue avec une conscience plus riche de ce qu'on fait et pourquoi on veut le jouer ainsi et pas autrement.

Pour être à l'aise avec la gamme blues, rien ne vaut le calcul mental : il faut s'exercer à nommer chaque note en fonction de la tonalité choisie. Jusqu'à ce que ça devienne un réflexe aussi rapide et instinctif que "2+2=4".

Par exemple, en sol, la gamme blues fait :

Sol, si bémol, do, ré bémol, ré, fa.


Mais avant cela, savoir ses 12 gammes est essentiel. Tout comme on n'apprend pas les tables de multiplication avant de savoir compter...

La gamme de do est le modèle. Do ré mi fa sol la si do, tout le monde connaît.


Les petites courbes rouges, c'est un ton. Et les petits chapeaux rouges, c'est un demi ton. Cela permet de remarquer qu'il y a un ton entre chaque note, sauf entre la tierce et la quarte. Et entre la septième et la tonique du dessus. C'est valable pour les gammes majeures.

Pour passer à une autre gamme, facile, tu choisis une note et tu montes en suivant le même ordre.


Par exemple ré : ré mi fa sol la si do ré.


Ou bien si : si do ré mi fa sol la si.


Quand tu as pris le pli, exerces-toi à redescendre. Do si la sol fa mi ré do. Ré do si la sol fa mi ré. Si la sol fa mi ré do si. Et ainsi de suite.

Mais c'est incomplet car il manque les altérations. Do est la seule gamme qui n'en comporte aucune, voilà pourquoi elle est facile.

La quinte de do, c'est quoi ? Sol : la gamme de sol possède une altération. Un dièse. Où ça ? Sur la sensible (septième note). Je compte : 1 sol, 2 la, 3 si, 4 do, 5 ré, 6 mi, 7 fa. Le dièse est sur le fa.

Puis la quinte de sol c'est quoi ? Ré. La gamme de ré possède deux dièses. Un sur sa septième, un sur sa tierce.

La quinte de ré, c'est la. La gamme de la possède trois dièses. Un dièse sur sa septième, un sur sa tierce, et un sur sa sixième.

Et ainsi de suite. À chaque nouvelle gamme de quinte relative, un nouveau dièse apparaît. Après la, on a mi, qui rajoute un dièse sur la seconde. Puis si, qui rajoute un dièse sur la quinte.

Voici l'ordre des gammes diésées :

Do : aucun
Sol : un dièse 
Ré : deux dièses
La : trois dièses
Mi : quatre dièses 
Si : cinq dièses


Et voici l'ordre d'apparition des dièses :

Aucun : do
Septième : Sol
Septième plus tierce : ré 
... plus sixième : la
... plus seconde : mi
... plus quinte : si


Sur une partition, les dièses sont indiqués au début, à côté de la clé de sol. On appelle ça l'armure.

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Ici on voit qu'il y a cinq dièses, du coup on sait que c'est la gamme de si.

Voilà pour les dièses, et pour do.

Et les bémols ?

La seule gamme qui possède un bémol c'est fa. Sur sa quarte. 1Fa, 2sol, 3la, 4si : le bémol est sur le si.

Tiens c'est marrant que ce soit sa quarte. Dans toutes les gammes diésées qu'on vient de voir, seule la quarte n'avait jamais de dièse.

En fait il y a d'autres gammes qui ont des bémols, évidemment. Mais ce ne sont pas des gammes ordinaires. Pas comme fa, ou ré, ou sol. Ce sont des gammes dont la tonique est déjà bémolisée dès le début. C'est pour ça que d'une certaine manière fa est la seule gamme normale qui possède un bémol.

Du coup on n'a qu'à apprendre par coeur les gammes dans cet ordre là :

Fa - do - sol - ré - la - mi - si


Un peu comme sur une règle des nombres relatifs avec do qui serait le point zéro. Fa serait le moins un. Et sol le plus un, puisque la gamme de sol a un #. Ré serait le plus deux, puisque la gamme de ré a deux #. Et ainsi de suite. D'ailleurs ça tombe bien, les dièses ressemblent à des petits plus ;)

Voilà, on connaît les sept gammes des sept notes blanches sur le clavier d'un piano : fa do sol ré la mi si.

Reste cinq notes noires. Les gammes bémols. Elles sont le reflet inverse de leurs collègues blanches.

Sol bémol, c'est comme sol, mais inversé.
Sol n'a que des notes normales, sauf sa septième qui porte un #.
Sol bémol c'est l'inverse : chaque note comporte un bémol :

Sol bémol, la bémol, si bémol, etc.
Sauf la septième. 
La septième, seule note altérée de la gamme de sol. Chez sol bémol ça devient la seule note PAS altérée !


Idem pour ré. Il y a deux notes altérées chez ré. Mais chez ré bémol, ces deux mêmes notes seront les seules qui ne portent pas de bémol :
Ré b, mi b, fa, sol b, la b, si b, do, ré b. 

Ré, mi, fa #, sol, la, si, do #, ré.


Et de même pour la et la bémol, mi et mi bémol, si et si bémol... Ça suit le même ordre.

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Au niveau de l'armure, les bémols apparaissent dans l'ordre inverse : si, mi, la, ré, sol, do, fa (on lit à l'envers fa do sol ré la mi si)

Au final, on peut se souvenir des 12 gammes dans cet ordre :

Fa - do - sol - ré - la - mi - si -
solb - réb - lab - mib - sib


Cela permet de retrouver assez vite où sont les dièses et les bémols.

On peut même imaginer le cadran d'une montre, et à la place des heures, on met les gammes. Ça colle parfaitement puisqu'il y en a douze. Et ça tourne de gauche à droite en suivant l'ordre des quintes. Do, puis sol, puis ré, etc.


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Ici, ils ont indiqué Fa # à la place de G bémol, ça revient au même (quasiment).

Bravo ! Non, vraiment, si vous avez lu jusque là, bravo. Désolé, ce n'est qu'une initiation partielle, pleine d'idées subjectives, pas aussi rigoureuse que ce qu'on trouve dans les manuels. Mais parfois, ça fait du bien de résumer les choses ;)

mardi 8 mars 2016

La technique de mâchoire flexible

Salut ! Vous voulez apprendre à jouer vite et précis, alors la technique de la "flexible jaw" est faite pour vous.

Dans la vidéo suivante, l'harmoniciste Paul Lassey, non seulement un super musicien mais aussi l'un des prof les plus pédagogues du web, propose quelques exercices pour se familiariser avec cette technique :



La vidéo est en anglais, néanmoins les exercices et la méthode proposée sont très clairs. Si vous voulez voir un exemple de maîtrise parfaite de cette technique, voici Buddy Green et son "speed playing" légendaire.



Bon courage et bon entraînement !

lundi 7 mars 2016

Gregory Porter : Musical Genocide

Aujourd'hui, une parenthèse pour ce colosse au style inimitable, toujours classe et le sourire aux lèvres. Vous ne l'avez encore jamais écouté ? Pas la peine de sortir le fouet, rattrapez-vous ci-dessous.

A écouter encore et encore : Musical Genocide


Gregory Porter confiait à propos de cette chanson : 

« C’est un titre lourd qui envoie un message à ceux qui entendent niveler la musique, et la culture, par le bas. Plus personne ne connaît les chansons traditionnelles et je ne suis pas d’accord avec ça. J’estime que notre société a besoin de chansons protestataires. »

Et puis comment ne pas craquer quand un petit bijou comme "Holding On" sort pile le jour de votre anniversaire ?