Apprendre l'harmonica est une des sources de plaisir musical les plus magnifiques qui existent ! Petite démonstration :
Comment aborder l'apprentissage de l'harmonica ? Comme n'importe quel autre instrument : il pose les mêmes challenges aux débutants que le saxophone, la guitare ou le piano. Bien sûr, il offre d'énormes avantages : sa petite taille et son prix très modeste (comptez 30€ pour un instrument de bonne qualité). Il n'a cependant rien d'un jouet. Cet instrument donne juste l'illusion d'être très accessible et facile à apprendre, autant qu'il fascine par la palette de sons et d'émotions que l'on peut en tirer. Mélodies douces en variété/pop, sons pleins de force du blues et du rock, en passant par le jazz, la country, le folk... Tout dépend de votre approche ! Comparez avec le piano : vous réalisez sûrement le nombre d'années de travail nécessaires pour savoir bien en jouer. Et pourtant, qui n'a jamais vu des débutants s'asseoir devant le clavier et s'amuser comme des fous avec un petit boogie tout simple ? Qui n'a jamais entendu un néophyte "gratter trois accords" à la guitare, et générer tout de suite l'attention autour de lui ?
La question revient à vous demander comment aborder la pratique musicale d'un instrument, quel qu'il soit. Et là, vous avez peut être déjà entendu les conseils rudimentaires qui alertent les débutants sur la difficulté des premiers mois, la patience nécessaire, la répétition d'exercices laborieux, la complexité du solfège...
Tout cela est vrai, y compris pour l'harmonica. Mais il est également vrai qu'on peut commencer la musique et l'instrument par le côté amusant d'abord. Pas besoin de gravir la montagne par le sentier le plus escarpé, alors qu'on peut passer par des chemins enchanteurs. Sur ce point, la musique ressemble au langage : faut-il apprendre à un bébé à conjuguer, à accorder, avant même de savoir former une phrase ? Bien sûr que non, on lui fait plutôt découvrir ses premiers mots dans une optique de plaisir et d'échange. Et pour les cours de grammaire on verra plus tard ! Idem en musique, un bon prof cherchera à vous faire plaisir, à comprendre ce qui vous plaît, et si par bonheur la théorie vous intéresse aussi, pas de problème. C'est ainsi que je vois la tâche du formateur, qui fait en sorte de proposer un programme amusant et ludique aux débutants, et qui réserve la partie théorique pour le bon moment.
Quel bonheur de jouer de l'harmonica sur un accompagnement ! Je ne sais pas vous, mais j'adore jouer juste après le petit déjeuner, pour se mettre en forme, tout en douceur. Et voilà la journée qui commence avec un rayon de soleil musical.
Le but ici n'est pas de démontrer une quelconque virtuosité ! Mais de se faire plaisir, de s'échauffer, et peut-être avoir la chance de voir surgir des phrasés que l'on n'avait jamais joué auparavant. Voici un petit enregistrement :
S'entraîner quotidiennement avec un backing track, c'est une gymnastique vitale pour tout musicien qui ne veut pas s'isoler dans ses propres répétitions. Si vous ne connaissez pas encore, c'est tout simple : munissez-vous de votre harmonica, allez sur Youtube ou n'importe quelle autre plateforme multimédia, et recherchez "backing track C" par exemple (si votre harmonica est en C et que vous voulez vous entraîner à la première position).
L'exercice vous paraîtra peut-être déroutant au début si vous n'êtes pas habitué. Mais une fois qu'on prends le pli, on ne peut plus s'en passer ! Et voici ce que ça donne en version blues-funk :
A l’harmonica, les positions correspondent aux gammes. Il y
a la première position, la seconde, la troisième… Jusqu’à douze. Douze, comme
le nombre de gammes existantes : do, ré bémol, ré, mi bémol, mi, fa, sol
bémol, sol, la bémol, la, si bémol, et enfin, si. Sachant que ré bémol = do dièse, mi bémol = ré dièse, etc.
Je vous propose de nous pencher sur les deux positions les plus connues : la première et la seconde. La première position
En première position, on joue sur la tonalité d’origine de
l’harmonica. Par exemple, en do sur un harmo en do.
Première octave : trous 1 à 4
+1 = do = I
-‘1 = réb = II mineure
-1 = ré = II
+2 = mi = III
-‘’2 = fa = IV
-‘2 = solb = V diminuée
-2 = sol = V
-‘’3 = la = VI
-‘3 = sib = VII mineure
-3 = si = VII
+4 = do = I
On remarque que des bendings sont nécessaires pour obtenir
la quarte et la sixième. Autrement dit, pour jouer une simple gamme majeure, il
faut déjà maîtriser le bending complet des trous -2 et -3. Aoutch.
Grâce aux altérations, on peut aussi jouer la V diminuée et la VII
mineure, très importantes pour sonner blues.
Rappel gamme blues : I, III mineure, VI, V
diminuée, V, VII mineure, I.
La seconde mineure est moins essentielle, mais bonne à
prendre. Par exemple, si on joue la mélodie suivante :
II-IIm-I-I(sup)-VIIm
Cela nous donne un phrasé blues bien sympa.
Néanmoins, pas d’accès à la III mineure (à moins de maîtriser
les overblows bas), ce qui pose une limite importante car c’est une des notes
signature de la gamme blues.
Si, au fil de cette lecture, vous vous sentez comme ça :
Alors je vous conseille de vous arrêter là et d'aller respirer un peu d'air dehors, puis de prendre votre temps pour vous familiariser avec les gammes, pour commencer. Si les tablatures vous posent problème, sachez que le + signifie soufflé, le - signifie aspiré, le chiffre correspond au numéro de trou et l'apostrophe signifie une altération sur un demi-ton (deux apostrophes = altération sur un ton entier).
Deuxième octave : trous 4 à 7
+4 = I
-‘4 = II mineure
-4 = II
+5 = III
-5 = IV
+6 = V
-‘6 = VI mineure
-6 = VI
-7 = VII
+’7 = VII
+7 = I
Là, c’est moins compliqué, mais il y a quand-même une
difficulté : au lieu d’alterner les soufflés puis les aspirés (+4, -4, +5,
-5, +6, -6.) la sixième et la septième se jouent en aspiré (-6, -7), et cette
rupture en déroute plus d’un.
On peut se demander à quoi sert le bending soufflé du 7, qui
donne la VII, sachant qu’on peut déjà jouer cette VII grâce au -7.
La réponse, c’est qu’enchaîner le +’7 et le +7 donne un
effet blues. Par ailleurs, cela permet aussi de moduler la note avec un
vibrato-bending.
Les notes blues sont très limitées dans cette octave, on
n’accède ni à la III mineure, ni à la V diminuée, ni à la VII mineure. On doit
se contenter de la II mineure et de la VI mineure, c’est difficile (mais
possible) de sonner blues avec si peu.
Troisième octave : trous 7 à 10
+7 = I
-8 = II
+’’8 = II
+’8 = III mineure
+8 = III
-9 = IV
+’’9 = IV
+’9 = V diminuée
+9 = V
-10 = VI
+’’10 = VII mineure
+’10 = VII
+10 = I
Ça devient chaud : dans les octaves inférieures et
moyenne, on jouait un trou soufflé, puis le même trou aspiré pour obtenir la
note au-dessus, alors que dans cette octave supérieure, ça s’inverse car on
joue un trou soufflé, puis le trou suivant aspiré pour jouer la note au-dessus.
Ce qui peut dérouter… Et en plus, il est très difficile d’obtenir la sensible
(VII) et la septième mineure (VII m), à moins de maîtriser l’un des bending les
plus ardus : le légendaire +’’10
On peut néanmoins jouer la III mineure et la V diminuée,
mais difficile de les tenir sans que l’aiguille de l’accordeur chromatique ne
s’affole.
Cela s’appelle la première position : on joue sur la
tonalité d’origine de l’harmo. En comparaison de la seconde position, la
première pose des défis importants pour sonner blues. Néanmoins, dès qu’on
bascule dans le folk, la variété ou le classique, aucun souci.
Ce qu’il faut retenir, c’est que la première position donne
des avantages certains pour accompagner un groupe sur un morceau joué en mode
majeur, ou pour jouer de la variété française, par exemple. « La vie en
rose » d’Edith Piaf est très agréable à jouer sur cette position.
On verra par la suite que la seconde et la troisième
positions sont parfaites pour le blues, moins pour la variété, et qu’elles
posent des contraintes nouvelles (par exemple en 2nde position on ne
peut accéder qu’à deux octaves, au lieu de 3 en 1ère position).
la seconde position :
Notre bien aimée seconde position ! "Cross-position" en anglais,
elle est idéale pour le blues. Elle commence par une fin d'octave, puis deux octaves pleines, et finit par un début d'octave. Donc quatre sections, tandis que la première position n'en comportais que trois.
Sur un harmonica en C, la seconde position correspond à la gamme de G. C'est à dire la quinte de la tonalité de la première position. L'ordre des positions suit cette logique de quinte en quinte : la troisième position aura pour tonique la quinte de G, qui est D ; la quatrième position aura pour tonique la quinte de D, qui est A ; et ainsi de suite.
Fin d'octave basse
+1=IV
-'1=Vm
-1=V
+2=VI
-''2=VIIm
-'2=VII
-2= I
+3=I
Quelle pléthore de notes en si peu de place ! Sept possibilités sur
seulement deux trous, grâce aux bendings. La seconde position est un peu
décalée sur l'harmonica : elle commence par la quarte, et il faut monter
jusqu'aux trous -2/+3 pour avoir la première tonique.
Shéma de la seconde position. Repirez, inspirez, prenez un Advil.
En cross-position, les trous de l'harmonica où les bendings aspirés sont les
plus puissants et expressifs (-2, -3 et -4) sont ceux sur lesquels tombent les
meilleures notes, celles qui sonnent blues. On accède ainsi à une palette de
jeu magnifique, et on peut notamment faire "glisser" une septième
mineure jusqu'à la tonique au-dessus, ce qui est une des figures mélodiques
caractéristiques de l'harmonica. Ces trois trous sont aussi ceux ou le vibrato
par la gorge pourra s'exprimer pleinement (ils tombent sur la tonique, la
tierce et la quinte).
La première octave complète se présente ainsi :
Octave basse
-2=I
+3=I
-''3=II
-'3=IIIm
-3=III
+4=IV
-'4=Vm
-4=V
+5=VI
-5=VIIm
+6=I
On utilisera assez peu le sixième degré (+5) en blues pur et dur. Mais la
seconde position est utile pour jouer dans d'autres styles, et parfois c'est
agréable d'avoir accès à toutes les notes de la gamme majeure... sauf la
septième ! Celle-là va se faire cruellement désirer pour sortir de la gamme
blues et gagner en délicatesse. La sensible pourra néanmoins s'obtenir avec
l'overblow du +5.
Octave haute
+6=I
-'6=IIm
-6=II
-7=III
+'7=III
+7=IV
-8=V
+'8=VIm
+8=VI
-9=VIIm
+'9=VII
+9=I
L'octave haute a un gros défaut : pas de tierce mineure. Mais au fil de
l'histoire, les harmonicistes se sont joués de ce handicap apparent, en
inventant des mélodies inédites, par exemple en la substituant par la seconde
mineure, ce qui donne au blues un côté "hard". Aujourd'hui on peut
tout à fait jouer la tierce majeure au milieu d'un blues, cela donne une
couleur un peu jazz et de toutes façon, les plus grands y ont abondamment
recours (par exemple Sugar Blues n'arrête pas de mélanger tierces mineures et
majeures dans Hoochie-Coochie). Le plus simple reste d'apprendre l'overblow du +6 si l'on souhaite disposer d'une tierce mineure ici.
Attention aux notes suraiguës. Il vaut mieux
s'en servir avec parcimonie, et placer quelques aigus aux moments clefs d'un
morceau, pour créer un effet de surprise. Le public appréciera, mais se lassera
vite si l'on s'attarde trop haut dans cette octave.
Demi-octave haute
+9=I
-10=II
+''10=IIIm
+'10=III
+10=IV
Les dernières notes donnent les premiers degrés d'une octave coupée au
quatrième degré. Difficiles à jouer, encore plus à altérer, cela vaut néanmoins
la peine de s'entraîner régulièrement au légendaire bending du 10, surtout la nuit si l'on
veut rendre fous ses voisins. Pour écouter un bending du 10 absolument parfait, vous pouvez écouter ce morceau de Jean-Jacques Milteau, et régler la vidéo sur 2:00. Vous entendrez quatre bendings du +9 suivis d'un monumental +10.
Salut ! Vous débutez à l'harmonica, et vous ne savez pas quel style vous attire le plus ? Visionnez les quelques vidéos qui suivent et vous identifierez sûrement ce qui fait vibrer votre corde sensible.
Bruce
Springsteen : harmonica folk comme accompagnement (style décontracté, à
la Dylan)
Jean-Louis
Aubert (solo) : improvisation amateur
Noir
désir : aux sombres héros de l’amer (mélange blues et breton /
celtique adapté à la variété)
Krzysztof
Przybyszewski : techniques virtuoses à l’harmonica style jazz
Monster :
formation rock autour de l’harmonica
Phil
Wiggins (harmonica solo) : le style Piedmont
Rachelle
Plas (harmonica solo) : la jeune virtuose de l’harmonica blues, rendez-vous directement à 2:44 pour l'entendre jouer.
Nico
Wayne Toussaint (harmonica solo) : style country - cajun, rendez-vous directement à 0:52 pour entendre le morceau.
Todd
Parrott : blues
variété, rendez-vous directement à 6:40 pour entendre le morceau.
Lars
Ringgaard : funk
Adam
Gussow (harmonica solo) : inventeur du « modern
blues »
Bonjour à tous ! Voici un rapide panorama qui vous aidera, je l'espère, à bien choisir votre harmonica en fonction de ce que vous désirez jouer.
Dans cette vidéo, j'aborde rapidement quelques-uns des modèles de référence de la gamme Hohner : Special 20, Marine Band classic, Marine Band deluxe, Golden Melody. Le fameux Lee Oskar de Tombo clôt la liste, mais sachez que Suzuki, Seydel et encore bien d'autres marques font aussi des harmonicas réputés excellents.
Edit 01/2016 : j'ai reposté la vidéo dans son intégralité avec les extraits sonores !